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Dvar Torah : Lekh Lekha Par Le Rav Yoann Sabbah

Nous vivons aujourd'hui dans une bien triste époque dans laquelle plus personne ne croit en rien. Le symptôme le plus flagrant de cette "crise de foi" étant qu'il est aujourd'hui légitime à nos yeux, que quiconque puisse "croire" en tout et n'importe quoi.

Cela dépasse de loin l'esprit de tolérance qui implique un effort et un travail sur soi de la part de celui qui "tolère"(supporte). L'esprit ambiant serait plutôt le sentiment d'indifférence le plus profond qui chuchote à la conscience collective : "croire en ceci où en cela, qu'importe, tant qu'on se sent bien".

 

Mais l'âme de l'humanité n'a pas toujours connu cet état comateux et la croyance n'a pas toujours été un moyen de gérer les masses. Les discussions sur la foi n'ont pas toujours été un loisir ou un passe-temps. Le vrai dialogue entre les hommes à été rompu dès lors que les véritables enjeux furent d'ordre politique économique ou territorial.

Mais à une époque lointaine, après la grave remise en question qu'imposait le drame du déluge, l'homme se mit à se poser la question de sa place dans ce monde "créé par le Tout-Puissant", et c'est cette quête de vérité qui donna naissance à l'idolâtrie.

À cette époque "tout le monde" était croyant. Le premier chapitre des lois concernant l'idolâtrie de Rambam décrit bien cette époque ainsi que la place d’Avraham Avinou et de l'héritage qu'il nous a légué :

 

1-      À l’époque d’Énoch, les hommes commirent une immense erreur, et le conseil des Sages de la génération fut frappé d’hébètement ; Énoch lui-même fit partie des égarés. Leur erreur fut la suivante : « Étant donné que D.ieu » dirent-ils, « a créé ces étoiles et ces sphères pour diriger le monde, et les a placées là-haut, leur faisant honneur, et qu’elles sont des ministres qui officient devant Lui, il convient de les louer, de les glorifier, et de leur faire honneur. Et telle est la volonté de D.ieu, béni soit-Il, que l’on glorifie et honore ceux qu’Il a élevés et honorés, tout comme un roi désire que [ses officiers] qui se tiennent devant lui soient honorés, et cet honneur revient au roi ».

 

Quand cette idée leur monta à l’esprit, ils commencèrent à ériger des Temples aux étoiles, offrir des sacrifices, les louer et les glorifier verbalement, et se prosterner devant elles, [espérant] dans leur fausse conception, être agréés par le Créateur. Ceci fut la source de l’idolâtrie ; telles étaient les croyances des [premiers] idolâtres, qui connaissaient ses fondements.

Ils ne croyaient pas en l’inexistence d’un autre dieu qu’une certaine étoile. C’est [le sens de] ce que dit [le prophète] Jérémie : « Qui ne te vénérerait, ô, Roi des nations, comme cela t’est dû ? Assurément, parmi tous les sages des nations et dans tous leurs royaumes, nul n’est semblable à Toi. Ensemble, ils font preuve de déraison et de sottise, le bois [qu’ils adorent] montre le néant de leur doctrine », c'est-à-dire tous savent que Toi seul [est D.ieu], mais leur erreur et leur sottise consistent à penser que ce vain [service] est Ta volonté.

 

D’autres imposteurs apparurent et dirent que l’étoile même, la sphère, ou l’ange avait parlé avec eux et leur avait dit : « Adorez-moi de telle et telle façon », et leur avait enseigné son culte, disant : « Faites ceci, et ne faites pas cela ». Ainsi, [progressivement,] cette coutume – adorer des figures avec des formes de service très diverses, leur offrir des sacrifices et se prosterner devant elles – se répandit dans le monde entier.

Peu à peu, le Nom révéré et redoutable [de D.ieu] fut oublié par l’humanité, et disparut des lèvres et des cœurs. Tous les gens du commun, les femmes, et les enfants, ne connaissaient plus que la figure de bois ou de pierre, et le temple de pierres, ayant, depuis leur tendre enfance, été éduqués à se protester devant elle, à l’adorer, et à jurer par son nom. Leurs sages, comme leurs prêtres et [hommes] semblables, imaginaient qu’il n’eût point d’autre dieu que les étoiles et sphères pour lesquelles et en représentation desquelles ces figures avaient été fabriquées.

Mais le Créateur de l’univers n’était connu de personne, si ce n’est de quelques individus dans le monde, comme Hanokh, Metouchelah, Noé, Chem, et Ever. C’est ainsi que le monde erra jusqu’à la naissance du pilier du monde, Abraham, notre père.

 

Il réalisa que toute l’humanité était dans l’erreur, et [compris également] que ce qui avait rendu possible une telle erreur était le culte des étoiles et des figures, jusqu’à ce que la vérité ait disparue de leur esprit.

À l’âge de quarante ans, Abraham reconnut son Créateur. Dès lors, il commença à réfuter les habitants d’Our Kasdim, et à débattre avec eux, en leur disant : « Vous ne suivez pas le chemin de la vérité ». Il brisa les figures et commença à enseigner au peuple qu’il n’est correct que de servir le D.ieu de l’univers, et que c’est devant Lui qu’il convient de se prosterner, d’offrir des sacrifices et des libations, afin que les générations futures Le reconnaissent. [Il leur expliqua] qu’il fallait détruire et briser toutes les figures afin d’éviter que tout le monde ne se trompe comme ceux-ci, qui pensaient qu’il n’y avait pas d’autre dieu que ces [figures]. Ayant fait triompher ses idées, le roi [Nimrod] chercha à le tuer. Il fut sauvé miraculeusement et émigra à Haran. Il commença à proclamer au monde entier avec une immense puissance que tout l’univers n’a qu’un seul D.ieu, et que c’est Lui qu’il convient d’adorer.

Il allait de ville en ville et de royaume en royaume, appelant et rassemblant ensemble les habitants, jusqu’à ce qu’il atteignît la Terre de Canaan. [Là aussi,] il proclama [son message], comme il est dit : « et il appela là-bas au Nom de l’Eternel, le D.ieu de l’univers ». Quand les gens affluaient vers lui et l’interrogeaient sur ses dires, il répondait à chacun selon son aptitude, jusqu’à le ramener sur le chemin de la vérité. Ainsi, des milliers et dizaines de milliers se joignirent à lui, et constituèrent : « les gens de la maison d’Abraham ».

Abraham implanta dans leurs cœurs cette doctrine essentielle, et composa des ouvrages sur le sujet. Il l’enseigna à Isaac son fils. Isaac l’enseigna et ramena [ainsi les gens sur le chemin de D.ieu]. Isaac la transmit à Jacob et lui ordonna de l’enseigner. Lui aussi, enseigna, et ramena [sur le chemin de D.ieu] tous ceux qui se joignirent à lui. Jacob notre père enseigna à tous ses fils, et mit à part Lévi, qu’il nomma à la tête et plaça dans l’académie pour enseigner la voie de D.ieu et garder la tâche d’Abraham.

 

Il ordonna à ses enfants de nommer, un [professeur] après l’autre de la tribu de Lévi, dans une chaîne ininterrompue, afin que cette doctrine ne soit pas oubliée. Cela continua ainsi et prit de l’ampleur, au sein des enfants de Jacob et de leurs adeptes, jusqu’à ce qu’ils devinrent un peuple connaissant D.ieu. Puis, les israélites, ayant séjourné longtemps en Égypte, récidivèrent et apprirent les pratiques de leurs voisins et, comme eux, servirent des idoles, à l’exception de la tribu de Lévi qui resta fermement attaché à la prescription des patriarches. La tribu de Lévi ne sombra jamais dans l’idolâtrie.

La doctrine implantée par Abraham aurait pu, en un court instant, être déracinée, et les descendants de Jacob auraient sombré dans l’erreur et l’égarement des peuples. Mais D.ieu, par amour pour nous et pour garder le serment fait à Abraham notre père, suscita Moïse notre maître et maître de tous les prophètes, et le chargea de cette mission.

Après que Moïse notre maître commença à exercer sa fonction prophétique et qu’Israël fut choisi par le Tout-Puissant comme Son héritage, Il les couronna des préceptes, et leur montra la voie de son service et comment traiter l’idolâtrie et tous ceux qui s’y égarent.


Rav Sabbah Yoann

Rabbin de la Grande synagogue

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